La Libye entre rêve d’autonomie, réalités politiques et enjeux stratégiques : quelques considérations sur la guerre, les aspirations du peuple insurgé et le rôle de l’occident, entre devoir moral, intérêts politiques et propagande multilatérale

où comment le peuple libyen risque de passer d’une tyrannie à une autre, ce qu’il a à perdre et ce qu’il a à gagner

La guerre fait rage en Libye depuis plusieurs mois. Les événements ont débuté en Février dernier, dans la continuité de ceux de Tunisie, d’Égypte et de l’ensemble du monde arabe. Des manifestations, faisant suite à celles des voisins tunisiens et égyptiens, ont été violemment réprimées de même qu’en Syrie ou à Bahrein où, encore à l’heure où j’écris ces lignes, l’on massacre à huis-clôt. Comme en Tunisie ou en Égypte, le régime a répondu par une répression sanglante, plus intense même que dans ces pays voisins puisque lorsque Kadhafi a ordonné à l’armée de tirer sur les émeutiers, celle-ci n’a pas fait défection comme ce fut le cas en Tunisie ou l’armée protégeait les manifestants de la police. Après les premiers tirs à balles réelles de la police sur les manifestants et le déclenchement des premières émeutes, l’armée a férocement réprimé la population, ce qui a précipité les événements. Contrairement à la Tunisie et à l’Égypte, ce n’est pas une révolution que connaît actuellement la Libye mais bien une guerre civile qui oppose non seulement les insurgés au pouvoir en place mais également une partie de la population à une autre.

L’0NU a répondu en Mars à l’appel des rebelles menacés d’être massacrés par les troupes kadhafistes. Avec le soutien de l’0TAN et de la Ligue Arabe (qui a finalement émis des réserves sur la conduite des opérations par l’Alliance Atlantique), les insurgés prennent en quelques mois le contrôle du pays. Kadhafi est en fuite. Tout semble se passer pour le mieux dans le meilleur des mondes.

0r depuis quelques semaines, des voix de plus en plus nombreuses et vindicatives s’élèvent contre notre présence en Libye, voire contre notre soutien aux insurgés. 0n lit ici que l’0TAN aurait bombardé des civils, là qu’il aurait outrepassé son mandat, ici encore que la Libye de Kadhafi serait un paradis sur Terre, ou encore, plus prosaïquement, que les rebelles sont un ramassis de terroristes d’Al Quaeda. Qu’en penser ? Il est certain que l’0TAN n’est pas allé en Libye par simple souci humanitaire, et un certain nombre de réserves peuvent être formulées quant à la façon dont a été mené jusque là cette opération. D’un autre côté, l’intervention occidentale semblait indispensable pour éviter l’écrasement de la rébellion. Mais sa victoire est-elle souhaitable ?

Alors fallait-il intervenir ? Devions-nous aller en Libye ? Devons-nous rapatrier nos avions et nos soldats ? Devons-nous abandonner la rébellion, voire comme le clament certains soutenir le régime contre l’insurrection qui vise sa chute ?

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Un adolescent français soupçonné d’avoir participé à des attaques contre des sites web aux USA en soutien  au site d’information WikiLeaks a été gardé à vue quelques heures durant il y a six semaines.

Wikileaks s’est fait une spécialité de divulguer les secrets militaires ou industriels au grand public. Le site est poursuivi aux États-Unis où il divise l’opinion publique. Mastercard, Visa et Paypal ont pour cette raison décidé de priver Wikileaks de leurs services financiers après ses révélations sur les télégrammes diplomatiques, empêchant ainsi le projet de recevoir des dons.

En représailles, le collectif d’activistes web Anonymous a attaqué les sites de ces compagnies en effectuant de nombreuses requêtes d’accès simultanées émises par un grand nombre d’ordinateurs, mettant en panne les sites pris pour cibles. Le 8 décembre 2010, les sites de Visa et Mastercard ont été rendus inaccessibles pendant plusieurs heures. L’adolescent interpellé le 16 décembre 2010 par la police française est soupçonné d’avoir participé à ces attaques.

Cinq hackers âgés de 15 à 26 ans, suspectés d’avoir mené des attaques informatiques dans le cadre du réseau Anonymous, ont également été arrêtés jeudi matin par la police britannique.

La connaissance est libre.  Nous sommes Anonymes.  Nous sommes Légion.  Nous ne pardonnons pas.  Nous n’oublions pas.

La connaissance est libre. Nous sommes Anonymes. Nous sommes Légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas.

Le collectif de cyberactivistes Anonymous est un regroupement informel d’anonymes et de communautés sur internet qui défend le droit à la liberté d’expression sur internet et en dehors. Leur devise est « We do not forgive, we do not forget » (Nous ne pardonnons pas, nous n’oublions pas).

Les actions informatiques et physiques attribuées à Anonymous sont entreprises par des individus non-identifiés. Lors des manifestations physiques du collectif, les membres sont généralement masqués.

Anonymous se veut un collectif sans nom ouvert à chacun et à tous et promouvant la liberté d’expression et d’information, la liberté de communication. Le terme est souvent défini par aphorismes :

« Anonymous est la première superconscience construite à l’aide de l’Internet. Anonymous est un groupe semblable à une volée d’oiseaux. Comment savez-vous que c’est un groupe ? Parce qu’ils voyagent dans la même direction. À tout moment, des oiseaux peuvent rejoindre ou quitter le groupe, ou aller dans une direction totalement contraire à ce dernier. » — Chris Landers, Baltimore City Paper, 2 avril 2008

Le nom Anonymous est inspiré par l’anonymat permis aux utilisateurs postant des images et des commentaires sur Internet. L’utilisation du terme Anonymous, dans le sens d’identité partagée, a commencé sur les imageboards comme 4chan, où la mention « Anonymous » est attribuée aux visiteurs qui publient des commentaires sans identification. Certains utilisateurs de ces imageboards ont considéré, par plaisanterie, qu’Anonymous était une personne réelle. Avec la popularité grandissante des imageboards, l’idée qu’Anonymous soit un collectif d’individus non-nommé est devenue un mème internet, une représentation collective d’un phénomène présent sur le web.

De cette représentation est née une entité réelle. Le collectif Anonymous regroupant des activistes se retrouvant dans les principes véhiculés par le mème a émergé.

La notoriété du nom a réellement débuté en 2008 avec le Projet Chanology.

En 2008, une vidéo à usage interne de l’Église de Scientologie s’est retrouvée sur le net. Cette vidéo montrait Tom Cruise exprimant fanatiquement sa conviction, sa « foi » dans les méthodes de l’organisation, notamment le recrutement de nouveaux membres et l’élimination des opposants. Rapidement, les scientologues ont tenté de faire retirer la vidéo, plus que compromettante, multipliant les attaques judiciaires.

Internautes militant pour le droit à l’information et anti-scientologues se rencontrent et se regroupent sur les forums. Rapidement, un mouvement émerge : les Anonymous. Ce nom fait référence d’une part aux contributions signées « anonyme » sur les forums ; d’autre part il exprime l’engagement individuel et la signification personnelle des revendications pour la liberté d’expression et d’information, ainsi que l’appartenance à une population fédérée par un but commun.

Les premières actions menées par les Anonymous tiennent de la cyberguerilla : google bombing, attaques par déni de service (des hackers attaquent les sites de l’Église en lançant de multiples requêtes de service émises par de nombreux ordinateurs en même temps, rendant les sites ciblés inaccessibles)…

Mais le collectif déclare finalement publiquement la guerre à l’Église de Scientologie en lançant le Projet Chanology visant à la détruire. Cette déclaration de guerre est exprimée dans la vidéo Message to Scientology.

Image de prévisualisation YouTube

La vidéo se conclut par un appel à descendre dans la rue le 10 Février. Cette vidéo est visionnée des millions de fois.

Le projet Chanology

Des documents internes (manuels de scientologues, réponses types, définitions du jargon etc.) de l’Église sont diffusés sur le web (notamment via les Peer-to-peers, les torrents), les livres sont mis en téléchargement gratuit dans l’espoir de ne pas remplir les caisses des scientologues, les lignes téléphoniques saturées et les fax rendus hors service (en faxant en boucle des pages noires), tandis que la promotion de ces actions est faite sur des sites comme Digg.

Le 10 février 2008, des milliers de personnes ont manifesté devant les sièges de l’Église en Australie, aux États-Unis, en Angleterre, au Canada… Les Anonymous ont démontré leur capacité à fédérer également en dehors de la toile des opposants à la secte. Cette dernière a d’ailleurs pris les menaces très au sérieux, enchaînant procès sur procès contre ces « Suppressive Person » (tout opposant au mouvement) et proposant des primes à ceux qui parviennent à les identifier.
Depuis, les actions des Anonymous sont moins spectaculaires et plus légales. Des manifestations sont organisées spontanément partout où l’Église de Scientologie tente de s’implanter (Belgique, Québec…).

L’0peration Payback

Operation Payback est un groupe qui coordonne des attaques contre les adversaires du piratage sur Internet. Il se positionne en tant que défenseur d’un « internet libre et ouvert à tous ». Lorsque les adversaires du piratage ont commencé à lancer des dénis de service distribué (DDoS) sur les sites de torrent, les pirates ont décidé à leur tour de lancer des attaques DDoS sur les adversaires du piratage. Payback est affiliée au groupe « Anonymous » qui s’est établi sur 4chan.

Cette opération, qui s’est cristallisée à propos de l’affaire The Pirate Bay s’est ensuite surtout traduite par le soutien à WikiLeaks.

Cette opération marque le passage à une forme d’action plus délictueuse : l’attaque par déni de service. Les Anonymous lancent également des attaques par déni de service (DDOS) contre des sites de sociétés ciblées comme ennemis des valeurs défendues par le mouvement. Ainsi, la communauté cible des attaques contre des sites de protection, d’ayant droits, ainsi que de certaines dictatures. Ils utilisent pour cela un logiciel nommé LOIC qui permet aux volontaires de prêter leur ordinateur pour procéder aux attaques.

A partir de décembre 2010, des attaques ont été menées contre le site de Mastercard après que cette société ait décidé d’interrompre ses services destinés à WikiLeaks. À la suite de ces attaques, des poursuites en justice ont été entreprises à l’endroit de plusieurs membres du mouvement démasqués par la police. Des arrestations ont eu lieu en Angleterre et en France.

L’Opération Leakspin-Crowdleak

L’opération Leakspin, rebaptisée ultérieurement Crowdleak, est née de la volonté de faciliter la diffusion des 250 000 câbles diplomatiques américains, recueillis par Wikileaks et progressivement mis en ligne depuis le 28 novembre 2010, en partenariat avec des medias. Cette opération vise notamment à faire vivre un espace de débat et d’analyse de ces textes.

L’Opération Optunisia

À la fin de l’année 2010 et au début de l’année 2011, le groupe participe à des attaques contre des pays où la censure sur l’Internet est forte. Il crée ainsi les opérations Tunisia, Algeria, Venezuela, puis Egypt. Anonymous ciblerait également d’autres pays tels l’Arabie saoudite, la Libye, la Syrie, la Jordanie, le Yémen et le Maroc.

L’opération 0ptunisia vise à soutenir les internautes tunisiens lors de la révolution tunisienne de 2011 pendant laquelle le gouvernement de Zine el-Abidine Ben Ali censure internet.

Le 2 janvier 2011, huit sites gouvernementaux ou proche de la présidence tunisienne ont été mis hors service par saturation de leurs serveurs. Anonymous a fourni à ses membres et tous ceux qui le souhaitaient, un logiciel noyant ces sites de demandes d’accès, avec instruction de l’utiliser en même temps. Une semaine après, le site internet de la télévision nationale TV7 a été piraté pour qu’elle n’affiche que le message, en arabe « Les journalistes condamnent la répression de la police et exigent la libération de Slim Amamou ».

Par ailleurs, Anonymous a aidé les internautes tunisiens a se protéger des agents de la censure sur internet du gouvernement en fournissant des astuces pour garantir l’anonymat de messages, de partage de fichiers ou leur protection. Certains tunisiens n’ont pas hésité, en Tunisie même, à s’afficher avec le masque symbole d’Anonymous.

Au début de leur action, au printemps 2010, les membres tunisiens d’anonymous étaient environ une cinquantaine. Ils seraient à présent plus de 4000 à agir au travers de ce groupe.

Selon un des opposants arrêtés par la police tunisienne Slim Amamou, l’action de la communauté a été « déterminante » dans l’extension de la révolte en Tunisie. C’est également l’avis de Lucie Morillon, membre de Reporters Sans Frontières.

Anonymous_at_Scientology_in_Los_Angeles

Des Anonymous devant l'Eglise de scientologie de Los angeles

Anonymous n’est pas un groupe. Anonymous, ce n’est personne et c’est potentiellement tout le monde. Anonymous c’est un peuple sur internet qui déborde internet. Anonymous, c’est la foule des anonymes coordonnant leurs actions. Les décisions sont prises de la manière la plus autogestionnaire, proprement ré-publicaine possible : au consensus et sans que rien ne soit imposé à personne. Ainsi, quand Anonymous a attaqué en septembre 2010 le site hadopi.fr, cela s’est fait sur la base d’une libre discussion entre anonymes sur le channel /b/ de 4chan, devenant un appel anonyme à pirater le site gouvernemental français. Des milliers d’anonymes ont suivi… Il n’a pas fallu longtemps pour que ce site soit down.

Le collectif Anonymous tire son slogan « Nous sommes Anonymes. Nous sommes Légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. » et le masque qu’arborent en public ses membres du film de James McTeigue, V pour Vendetta (2005). Dans ce film, un individu parvient à mobiliser tout un peuple contre un ordre totalitaire en lui offrant la plus grande force qui soit : l’anonymat. C’est anonymes en tant qu’individus qu’en tant que peuple ils peuvent renverser la Totalité et, paradoxalement, exister en tant qu’individus, agir d’eux mêmes, libérés du contrôle total.

Les Anonymous se sont spécialisés dans les attaques de sites de compagnies ou d’États s’opposant fortement à la liberté d’expression et/ou à la liberté d’information.
Le collectif s’est notamment illustré par son soutien à la révolution tunisienne, mettant hors d’état de nuire plusieurs sites gouvernementaux et la bourse tunisienne.

En s’en prenant aux membres de ce réseau, l’État français nous donne à comprendre pourquoi il a soutenu jusqu’au bout la dictature de Ben Ali, et pourquoi il continue  d’apporter son soutien à des dictatures à travers le monde. La liberté n’est pas sa priorité, et « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Cela vaut pour nous aussi.

La connaissance est libre.

Nous sommes Anonymes.

Nous sommes Légion.

Nous ne pardonnons pas.

Nous n’oublions pas.

opération 0ptunisia

l'opération 0ptunisia

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En Tunisie, le conseiller de l’ombre de Ben Ali tire toujours les ficelles, étant le principal conseiller de l’actuel premier ministre – reconduit après la fuite de Ben Ali – Mohamed Ghannouchi. Hédi Baccouche fut le théoricien du « coup d’État médical » de Ben Ali il y a 23 ans, et demeura durant la totalité de son règne une des pièces maîtresses de son système.

En réalité, souligne Rue89, « sa réputation « d’homme des coups bas » remonte à bien plus loin. En 1979, il avait déjà trempé dans un complot organisé par Abdallah Farhat, alors ministre de la Défense, pour faire main basse sur le parti. Son complice de l’époque était le directeur de la sûreté tunisienne, un certain Zine el-Abidine Ben Ali… ».

Le nouveau gouvernement d’union nationale a été accueilli par des explosions de joie par les manifestants tunisiens, mais le premier ministre demeure contesté.

Pendant ce temps, la contagion se répand. En Egypte, des centaines de milliers de manifestants sont dans les rues, exigeant le départ du président Moubarak au pouvoir depuis 30 ans.

Le pouvoir égyptien ne s’est pas contenté de filtrer internet. Il l’a carrément coupé depuis jeudi dernier. L’Égypte compte environ 11,5 millions d’internautes, sur une population totale de 80 millions d’habitants. Le pouvoir prend-il un risque en privant cette minorité de son accès à internet ? L’un des opérateurs n’a pas obéi à l’injonction, de sorte que si le grand public est coupé du réseau, les affaires se poursuivent. La bourse égyptienne a continué à tourner au ralenti.

Pour Benjamin Bayart, président de FDN (French Data Network), un des plus anciens fournisseurs d’accès français, c’est une véritable opération de guerre qui a été déclenchée : « Couper les communications dans un pays est une opération de guerre. La première chose qu’on fait dans une guerre, c’est bien de faire sauter les routes ou les ponts. »

En Égypte, on bricole comme on peut avec cette censure. Des Égyptiens rebranchent leurs vieux modems sur leurs lignes téléphoniques. Les activistes anonymes de Werebuild proposent une autre solution tirée du passé : les Égyptiens peuvent envoyer des fax sur un numéro allemand qui les édite pour empêcher l’identification des expéditeurs, puis les met en ligne. Des sites miroirs ont été mis en place pour stocker les vidéos de la révolte. Google et Twitter ont lancé un service de « speak to tweet » (« parler pour tweeter ») : trois numéros de messagerie vocale sont accessibles depuis l’Égypte et les messages peuvent être écoutés aux mêmes numéros ou sur Twitter.

Et pendant que l’Égypte coupe sa population d’internet, la censure chinoise fait la chasse aux lapins e ncolère sur le web : http://www.rue89.com/chinatown/2011/01/30/la-censure-chinoise-chasse-les-lapins-en-colere-du-web-187272

Les sites web officiels français quant à eux ignorent royalement les manifestations égyptiennes. Une situation qui ne contraste pas avec le mutisme du gouvernement sur les évènements tunisiens du mois dernier. Même le site de l’ambassade française au Caire est muette sur la situation actuelle égyptienne.

111 personnes interpellées à Paris ce week-end :

A Paris, une manifestation était prévue à 14 heures devant l’ambassade d’Égypte, dans le XVIe arrondissement. Le rassemblement n’a finalement pas eu lieu. Certains Égyptiens vivant en France expliquent ce manque de mobilisation par les arrestations qui ont eu lieu lors des manifestations précédentes. Selon la préfecture de Paris, 111 personnes ont été interpellées pendant le week-end en marge des manifestations déclarées.

Une comparaison avec le site de l’ambassade des États-Unis montre le déphasage total de la diplomatie française. Les principaux titres sont en effet consacrés au mouvement de protestation.

Pour autant, le président 0bama se montre plus prudent et réservé face à la mise en péril du pouvoir égyptien (un atout fort dans les rapports de force au Moyen-0rient) que face à la révolution tunisienne, dont le temps nous dira si le mouvement de contestation permettra l’émergence d’une démocratie réelle voire d’une semi-démocratie à l’image des puissances occidentales, où tout ceci ne devra aboutir qu’à une révolution de palais.

La Tunisie ne pèse certes pas aussi lourd que l’Égypte dans les négociations impliquant les intérêts américains. De plus, la menace islamiste est plus sérieuse en Égypte qu’en Tunisie, avec une forte présence des Frères Musulmans qui représentent 4 à 5 millions d’Égyptiens et remportent toutes les élections relativement libres. Sans la fraude électorale, ils auraient aujourd’hui plus de cent sièges à l’Assemblée Nationale. Ils en détiennent 80, sur les 150 candidats présentés. Néanmoins, aucune force particulière ni aucune personnalité n’émerge de la révolte égyptienne, qui s’apparente plus à un soulèvement populaire spontané.

La Tunisie est aux yeux de l’0ccident un petit pays, sans enjeu stratégique majeur, et les événements ont pu suivre leur cours sans grande interférence extérieure. Cela risque de ne pas êrtre le cas partout. Le monde arabe vivra-t-il sa chute du mur de Berlin, ou la situation est-elle radicalement différente de celle de 1989 ?

D’abord, le monde arabe ne constitue pas un bloc homogène et centralisé comme le constituait l’Union Soviétique. Certains pays comme la Tunisie n’offrent que peu d’intérêts pour les grandes puissances impérialistes occidentales, tandis que d’autres constituent des intérêts stratégiques majeurs dans la guerre du pétrole ou le rapport à Israël.

C’est néanmoins bien à la remise en question de tout un monde, précipitée par les évènements de Tunis, que nous assistons. En quelques semaines, toutes les dictatures du Moyen et du Proche 0rient pourraient bien s’effondrer, avec ou sans le soutien de l’0ccident. Nous voyons avec le soutien de la France à Ben Ali, son mutisme sur la situation égyptienne et le soutien américain aux révolutions, ferme dans le cas de la Tunisie, beaucoup plus modéré en Égypte , combien l’0ccident oscille entre deux tentations : celle de suivre le mouvement de contestation qui, de proche en proche, a gagné tout le monde arabe et peut compter sur la sympathie du grand public occidental ; et celle de protéger des tyrans qui ont su contenir l’ennemi islamiste et jouent parfois un grand rôle dans la guerre du pétrole en cours et la question palestinienne.

La diplomatie américaine a fait cinq déclarations contradictoires en sept jours au sujet des évènements égyptiens.

Mardi 25 janvier, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, semble soutenir Hosni Moubarak, considéré pendant des années comme l’allié stratégique des États-Unis : « Notre évaluation de la situation, c’est que le gouvernement égyptien est stable et cherche les moyens de répondre aux besoins et intérêts légitimes du peuple égyptien. »

C’est à cette lumière qu’il faut lire les deux phrases musclées prononcées mercredi par Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine. Elle s’exprimait devant la presse aux côtés du ministre jordanien des Affaires étrangères, Nasser Judeh, qu’elle recevait : « Nous croyons fermement que le gouvernement égyptien a, en ce moment, une occasion importante d’engager des réformes politiques, économiques et sociales pour répondre aux besoins légitimes et aux intérêts du peuple égyptien. »

Obama parle de la situation en Égypte, appelle à la retenue et ajoute le 27 Janvier : « Le président Moubarak nous a aidés sur toute une série de problèmes au Moyen-Orient, mais je lui ai toujours dit qu’il était absolument capital, pour le bien de l’Égypte à long terme, de s’assurer de bien avancer sur les réformes : réformes politiques, réformes économiques. »

Le lendemain, juste après l’intervention télévisée d’Hosni Moubarak, au cours de laquelle il a annoncé un remaniement de son gouvernement, Barack Obama prend la parole. Il avait eu plus tôt Moubarak au téléphone : il évoque la nécessité d’autoriser les partis d’opposition et d’organiser des élections libres : « Hosni Moubarak doit désormais confirmer ses promesses de réformes par des actes concrets. […] Les Etats-Unis continueront à défendre les droits du peuple égyptien et à travailler avec leur gouvernement, à la recherche d’un avenir plus juste, plus libre et plus lumineux. »

Mardi 1er février, au soir d’une grande journée de manifestation au Caire, après une discussion d’une demi-heure avec Moubarak, Obama semble lâcher le président égyptien. Il ne parle plus de « réforme » mais de « transition politique » qui doit se faire immédiatement (Moubarak ayant annoncé ne pas briguer de nouveau mandat à la fin de l’année 2011, mais qu’il resterait au pouvoir jusque là). Il déclare depuis la Maison Blanche : « Ce n’est pas à d’autres pays de déterminer qui doivent être les dirigeants de l’Égypte. Seul le peuple égyptien peut le faire.Ce qui est clair et c’est ce que j’ai indiqué au président Moubarak, c’est que j’ai la conviction que la transition politique doit être profonde, qu’elle doit être pacifique et qu’elle doit commencer maintenant ».

La diplomatie américaine a décidément une singulière capacité d’adaptation !

Le vent tourne, mais nul ne sait encore, si la situation devait se généraliser à des pays comme l’Arabie Saoudite – par exemple – quelle direction suivraient les diplomaties des grandes puissances, occidentales mais pas seulement. A Pekin, le mot « Égypte » est censuré depuis samedi. Et ce d’autant plus que nul ne sait encore où va la révolution en marche…Et si elle servira les intérêts des puissances extérieures au monde arabe. Les nouveaux pouvoirs qui risquent de se constituer serviront-ils ces intérêts aussi bien que les dictateurs d’hier ?

La révolution égyptienne préoccupe tout particulièrement le pouvoir américain.

Franck Wisner, ancien d’Enron marié à l’ex-belle-mère de Nicolas Sarkozy, est agent secret états-unien. Il nousa déjà fait nous interroger sur les liens existant entre N. Sarkozy et les services secrets américains. L’on apprend qu’il est aujourd’hui au Caire pour tenter de gérer au mieux le passage à l’après-Moubarak. L’appel des crises n’est jamais loin : Frank Wisner a participé sous l’administration Bush à un groupe de travail indépendant qui réfléchit, avant l’invasion de l’Irak, aux institutions de l’après-Saddam Hussein, puis, au nom de l’administration, a participé à la « troïka » qui a défini le statut final du Kosovo, devenu depuis un Etat indépendant mais encore contesté.

Tandis que la guerre au pouvoir gagne l’Égypte, après la Tunisie, la guerre des pouvoirs continue à sévir de par le monde. A qui profitera la colère  du peuple arabe ?

Pierre Haski écrit sur Rue89 :

 » La semaine dernière, l’analyste conservateur Robert Kaplan écrivait dans le New York Times qu’il ne fallait pas trop se réjouir des événements du monde arabe, car on finirait par regretter des « dirigeants avisés » comme le roi Abdallah de Jordanie, ou « stables » comme le Président Moubarak. Et de rappeler que ce sont des élections démocratiques qui ont amené le Hamas au pouvoir à Gaza.

Mais les peuples du monde arabe n’ont pas lu l’article de Robert Kaplan et n’en ont cure. Ils ont fait voler en éclat le mur de Berlin dans leurs têtes qui les empêchait jusque-là de contester des régimes autoritaires et largement corrompus, soutenus par les Occidentaux au nom de la lutte contre l’intégrisme religieux.

Qu’en sortira-t-il ? Comme en 1989, l’histoire s’est remise en marche dans cette partie du monde, et ceux qui pleurent la chute de dictateurs rassurants devront d’abord se demander s’ils n’ont pas favorisé ces processus révolutionnaires en soutenant un insupportable statu quo trop longtemps. Ils devront en assumer les conséquences, quelles qu’elles soient. « 

La révolte tunisienne et son premier succès – la fuite du tyran Ben Ali – a fait boule de neige dans la plupart des pays du proche et moyen 0rient. En Jordanie, au Yémen… les manifestations se sont multipliées et plusieurs personnes se sont immolées par le feu. Le roi du Maroc a préféré prendre des « vacances » dans le château qu’il possède en France. Le journaliste marocain Ali Lmrabet, ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire Le Journal, croit savoir, sur Facebook, que le roi du Maroc devrait avoir des entretiens « secrets » avec Nicolas Sarkozy sur la situation au Maroc. Le journaliste ajoute : « Des troupes ont été ramenées du Sahara pour être prêtes à intervenir dans la capitale et à Casablanca. »

En Egypte, depuis plusieurs jours, des affrontements très violents opposent les forces de l’ordre et la population égyptienne, déterminée à obtenir le départ du Président Moubarak, en poste depuis trois décennies. En trente ans, c’est la crise la plus sérieuse que traverse le régime.

Tewfik Aclimandos, chercheur associé à la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, explique que « le peuple est en colère depuis longtemps mais c’était diffus. Aujourd’hui, un mur psychologique a sauté, c’est-à-dire que les Egyptiens n’ont plus peur. Ce que j’appelle le parti de l’ordre, les fonctionnaires, les petits commerçants, ont aujourd’hui pris le parti des manifestants. »

Ces derniers mois, des personnes jusque là favorables au régime avait commencé à exprimer leur défiance envers le pouvoir. Unras le bol général se faisait sentir, aggravépar la crise. Les évènements tunisiens ont achevé de précipiter les évènements.

Tewfik Aclimandos poursuit :

« Jusqu’en 2000, personne ne parlait du Président. Puis un éditorialiste l’a fait et ça s’est généralisé avant que le régime ne resserre la vis. Le pouvoir fonctionne un peu sur la formule « j’interdis tout mais je ferme les yeux tout le temps ».

Il existe une liberté d’expression en Egypte. Elle est d’ailleurs plus menacée par la société civile que par le pouvoir. Un livre critique sur l’islam peut par exemple davantage déclencher la colère du clergé et des oulémas que celle du pouvoir.

C’était un peu le deal proposé par Moubarak après l’assassinat de Sadate : un peu de liberté d’expression, une liberté de réunion contrôlée mais surtout pas de manifestations de rue. Kefaya (un mouvement d’opposition né en 2004 et composé de jeunes militants de toutes origines politiques et sociales) a fait sauter ce verrou en 2004. »

Le peuple égyptien est aujourd’hui en train de réaliser son union sacrée face à un pouvoir usé par le temps, la dégradation des conditions de vie et sa propre faiblesse jusque là dissimulée sous une apparente clémence. C’est aujourd’hui le peuple dans son ensemble qui rejette Moubarak. celui-ci doit prendre la mesure de son illégitimité.

Un million d’Egyptiens se sont rassemblés place Tahrir au Caire. Dans les cortèges, ces derniers jours, l’on pouvait voir les corps élevés en martyres des victimes de la répression policière. La police tire sur la population, avec des balles en plastique, mais aussi à balles réelles, faisant plusieurs dizaines de morts. L’armée est présente dans les rues. Les tanks bloquent les accès. Mais l’armée refuse de tirer sur le peuple, et même protège les manifestants. De la police et des pillards. Le premier signe de ce ralliement de l’armée au peuple a été ce blindé qui s’est jopint à un cortège enfin de semaine. Depuis, la police a partiellementsuivi, changeant son slogan « la police et la peuple au service de l’Etat » en « la police au service du peuple ».

Moubarak a dissout son gouvernement. Principal changement : le limogeage du ministre de l’Intérieur, Habib el Adli, une des revendications des manifestants. Il a été remplacé par un général de la police, Mahmoud Wagdi. Autre changement significatif : la promotion du ministre de la Défense, Mohamed Hussein Tantaoui, au poste de vice-Premier ministre, ce qui confirmerait l’influence de l’armée. Mais la formation du nouveau gouvernement n’a pas suffit à calmer la colère populaire. Des dizaines si ce n’est des centaines de milliers de manifestants ont passé la nuit sur la place Tahrir. Cet après-midi, ils étaient deux millions.

Les révolutions orientales n’en finissent plus de ternir l’image de l’Etat français. Michèle Alliot-Marie avait osé proposer le « savoir-faire » français » en matière de maintien de l’ordre à la police de Ben Ali au plus fort des émeutes. Peu avant sa funeste intervention devant l’Assemblée nationale, elle et son compagnon, l’autre ministre Patrick Ollier, ont voyagé dans un jet appartenant au beau-frère du président Ben Ali et à son associé. En pleine révolution tunisienne, MAM et son compagnon ont accepté comme un service de grimper pour partir en vacances dans le pays en explosion à bord du jet privé d’Aziz Miled, qui le possède avec… Belhassen Trabelsi, le beau-frère – très haï du peuple tunisien – du président Ben Ali. La ministre, qui a confirmé ces informations au Canard, a fait répondre qu’Aziz Miled est « un ami de longue date » et qu’il n’est « pas, mais alors pas du tout [sic], un proche de Ben Ali ». L’ennui, c’est que cet homme d’affaires a signé en 2010 un appel saluant les nombreuses qualités du dictateur tunisien, et l’appelant à se représenter. Il était donc, aussi, l’associé de son beau-frère. Et ce n’est pas tout, écrit l’hebdomadaire : « Miled était aussi, à l’insu de son plein gré sans aucun doute, l’un des organisateurs et bailleurs de fonds des campagnes électorales de Ben Ali. »

Pour couronner ces révélations fort embarrassantes pour la ministre, Le Canard relève une réponse faite par le Quai d’Orsay au Parisien, qui l’interrogeait ce lundi sur une éventuelle invitation de Ben Ali pour ces vacances de fin d’année : « J’ai payé mes vacances », affirme-t-elle, indignée que l’on puisse soupçonner le contraire. La facture de l’hôtel de Tabarka (propriété du généreux Aziz Miled), MAM ne se souvient plus à quel nom elle a été établie, fait-elle dire au Canard. Alliot ? Marie ? Ollier ? Mais, juré-craché, elle a été réglée. »

L’on découvre enfin aujourd’hui que la France a formé la police égyptienne de Moubarak. Une formation à la « gestion des foules et des grands événements » a en effet été dispensée à la mi-octobre par deux policiers français à leurs homologues égyptiens. L’annonce de cette formation figure d’ailleurs toujours sur le site web de l’ambassade française au Caire, plus discret comme on l’a vu sur les évènements à haute teneur politique qui se déroulent en ce moment dans ce pays.

L’on peut constater les effets bénéfiques de cette formation à la répression des foules lorsque l’on constate que les affrontements entre force de sécurité et manifestants ont fait une centaine de morts sur le sol égyptien.

En France, l’affaire des grenades lacrymogènes de Ben Ali bloquées pour raisons techniques à l’aéroport continue également de faire du bruit. Michèle Alliot-Marie et François Fillon ont assuré que la France ignorait que la Tunisie était livrée en gaz lacrymogène par une entreprise française entre les mois de décembre et janvier, mais la société chargée de l’exportation de ce produit a déclaré le contraire et confirmé que le régime de Ben Ali avait bien passé commande au plus fort des émeutes :
« Sofexi a reçu des autorités françaises tous les agréments nécessaires à l’exportation de grenades lacrymogènes commandées entre décembre et janvier par le ministère tunisien de l’Intérieur. Nous avions tous les agréments des ministères concernés. »

Rue89, qui a révélé cette affaire, rapporte :

« En pleine tempête depuis sa proposition de coopération policière et sécuritaire à la Tunisie, Michèle Alliot-Marie a nié toute implication, répondant à une question du député socialiste Gaëtan Gorce à l’Assemblée nationale le 23 janvier :

Gaëtan Gorce : « Mme Alliot-Marie ne s’est pas contentée de proposer une coopération policière qui devait s’adresser à un régime dont on a vu qu’il utilisait des moyens sanglants ; le gouvernement a agi en ce sens. Nous avons appris la semaine dernière qu’un avion, chargé de sept tonnes de matériel de maintien de l’ordre, avait été affrété et s’apprêtait à partir, au moment même du départ de M. Ben Ali, et n’avait été arrêté que pour une raison de procédure tenant au service des douanes. […]
Ma question ira droit au but, monsieur le Premier ministre : si un avion a été préparé et a failli partir, combien d’autres ont été éventuellement envoyés ? Pouvez-vous nous garantir qu’aucun transfert de matériel de maintien de l’ordre n’a été assuré au bénéfice du régime de Ben Ali entre la mi-décembre et la mi-janvier ? »

Michèle Alliot-Marie : « En matière de police, les choses sont très claires. Nous entretenons avec la Tunisie une coopération extrêmement faible, essentiellement institutionnelle, qui se situe dans le cadre d’Interpol. […] Nous n’avons rien à cacher en matière de coopération. Et si vous voulez davantage d’éléments, je les tiens à votre disposition. »

Cette information achève de faire tomber la fable élyséenne selon laquelle la France aurait bloqué des grenades lacrymogènes à destination de Tunis. Rue89 racontait la semaine dernière que le motif du blocage, administratif, avait été habilement exploité par le gouvernement pour se dédouaner de la responsabilité de cette livraison.

Dans un courrier envoyé à François Fillon, Jean-Marc Ayrault, le patron des députés socialistes, demande au gouvernement de transmettre tous les informations à l’opposition et d’indiquer « pour chaque ministère, quand les autorisations d’exportation ont été données et enfin [de nous dire] si toutes ces exportations ont été bloquées et par qui ».  » (source : Rue89)

Rue89 précise :

« François Fillon reconnaît d’abord que les douanes ont bien délivré deux autorisations d’exporter du matériel de maintien de l’ordre, après avis favorable du ministère de l’Intérieur, et avis sans objection du ministère de la Défense et des Affaires étrangères le 12 janvier, c’est-à-dire le lendemain même de la proposition de Michèle Alliot-Marie au régime de Ben Ali, d’apporter le « savoir faire » de la France en matière de maintien de l’ordre.

Il faut rappeler qu’en ce 11 janvier, la presse faisait état de 50 morts depuis la mi-décembre, dont 35 morts le week-end précédent (avec une liste nominative des victimes établie par la FIDH), preuve d’une terrible escalade dans la répression.

Or, nous apprend la lettre du Premier ministre, ces autorisations ont été données en 24 heures contre 10 jours pour des autorisations équivalentes demandées au mois d’octobre.

Force est de constater qu’au moment même où la répression battait son plein, les autorisations nécessaires à l’exportation de matériel de maintien de l’ordre ont été délivrées de manière particulièrement rapide, ce qui est injustifiable.

Ensuite, le Premier ministre avoue que ce n’est que le 18 janvier, soit 4 jours après le blocage de la cargaison et la chute du régime de Ben Ali que le Quai d’Orsay a demandé la suspension des quatre AEPE en cours sur la Tunisie, mais seulement après que l’administration des douanes a interrogé le ministère des Affaires étrangères, afin d’établir si, compte-tenu du pays de destination, l’avis sans objection formulé par ce ministère devait ou non être maintenu.

L’absence de réactivité de Michèle Alliot-Marie s’avère de ce point de vue totalement dramatique.« 

Et pendant ce temps, Laurent Gbagbo, battu par Alassane 0uattara aux présidentielles, refuse toujours de céder le pouvoir. Le nouvel ambassadeur de Côte d’Ivoire en France a du chasser son prédécesseur par la force. Si l’option militaire demeure envisageable, c’est plutôt celle des pressions économiques et de l’étranglement financier qui est pour l’instant retenue pour déloger le dictatuer. Celui-ci a réquisitionné des avoirs bancaires et la BCEAO a immédiatement fermé ses locaux dans tout le pays. Les banques parviennent à s’arranger entre elles de sorte quejusqu’ici tous les paiements ont pu être honnorés. Mais la situation économique pourrait devenir délicate pour beaucoup d’Ivoiriens. Acculé, Gbagbo s’est lancé dans un vaste plan de nationalisations qui n’ont bien évidemmentrien à voir avec une quelconque collectivisation enfaveur du peuple.

Décidément, sale temps pour les tyrans ! Cela suffira-t-il pour autant à nous en débarasser définitvement, ou le jeu des chaises musicales est-il relancé ? Le temps nous le dira…

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Mise à jour du 2/02/2011 @ 20h08 :

La contagion se propage en Jordanie, au Qatar et en Syrie. L’algérie prépare également un rassemblement pour le 12 Février.

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L’année 2011 commencerait-elle bien ? Vendredi 14 Janvier, le président Ben Ali au pouvoir en Tunisie depuis 23 ans a fui le pays, laissant les rênes à son premier ministre Mohammed Ghannouchi. Un tyran s’en est allé. Première révolution de l’année ? Ou coup d’État militaire pour sauver le régime ?

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collectif Anonymous

collectif tunisien de cyberactivistes Anonymous qui a soutenu le mouvement en diffusant l'information, participant à l'organisation du mouvement sur internet et attaquant informatiquement plusieurs organismes officiels ainsi que la Bourse tunisienne. Ce mouvement largement organisé sur les réseaux sociaux d'internet (qui ont été censurés) est qualifié par beaucoup de première révolution numérique

Depuis que Mohamed Bouazizi, petit vendeur de fruits et légumes, s’était immolé par le feu le 17 Décembre 2010, à l’âge de 26 ans, par désespoir et en protestation face aux conditions de vie difficiles des Tunisiens, le mouvement de protestation n’a fait que prendre de l’ampleur jusqu’à faire vaciller le régime. En réaction au suicide du jeune homme qui s’était vu confisquer sa marchandise par la police, toute la Tunisie s’est progressivement mobilisée. Les manifestations ont été réprimées dans le sang, faisant plus d’une soixantaine de morts en un mois, mais elles n’ont cessé de prendre de l’ampleur. Lycéens, étudiants et commerçants dans la rue, plusieurs milliers d’avocats mobilisés (sur les 6000 que compte le pays), des journalistes protestant contre le muselage de la presse par le gouvernement… Le tyran Ben Ali a fait fermer tous les lycées et toutes les universités du pays et décrété un couvre-feu partiel sur la capitale, avant d’être contraint de lâcher du lest, annonçant qu’il ne se représenterait pas en… 2014 (!), limogeant une partie de son gouvernement et plusieurs hauts fonctionnaires, et promettant finalement d’ordonner à la police de cesser de tirer à balles réelles sur la foule des manifestants.

Mais rien n’y a fait. Le mécontentement en Tunisie avait atteint son paroxysme et plus rien ne pouvait arrêter le peuple tunisien. Un petit vendeur de fruits et légumes aura finalement eu la peu du tyran. Après que plusieurs postes de police et bâtiments officiels dans tout le pays ainsi qu’une banque et les résidences de membres du clan au pouvoir aient été incendiés, une foule de 5000 personnes s’est massée dans l’après-midi du 14 Janvier devant le premier ministère, exigeant la démission de Ben Ali. Celui-ci aurait donné ordre à l’armée de tirer sur la foule, ce qu’a refusé de faire son chef d’État-major. Lâché par l’armée qui désormais protégeait les manifestants de la police, le tyran a pris la fuite à bord d’un avion, passant par Malte avant de tenter de gagner la France où Sarkozy face à la pression de la communauté tunisienne française, de l’Union Européenne et de plusieurs 0NG exigeant l’arrestation du dictateur a finalement refusé que l’avion se pose au Bourget. Ben Ali a alors gagné le Moyen-0rient et serait attendu chez l’une de ses filles à Montréal, installée dans une maison de trois millions d’euros… Le gouvernement français a soutenu jusqu’au bout le régime tunisien, Michelle Alliot-Marie poussant l’indécence jusqu’à offrir une aide sécuritaire au gouvernement de Ben Ali !

Libérée la Tunisie ? Pas certain…

L’armée a remis le pouvoir entre les mains du Parlement, qui a finalement investi le premier ministre pour la présidence par intérim jusqu’à de prochaines élections anticipées annoncées d’abord dans deux mois puis dans six. Le président par intérim Mohammed Ghannouchi, proche du président et dur du régime,a invoqué l’article 56 de la constitution pour annoncer l’empêchement temporaire de l’ex-dictateur en fuite. Il aurait, objectent déjà certains, pu invoquer l’article 57 et annoncer un empêchement définitif. Son choix rend la présidence de Ben Ali, sinon effective, toujours légale. En choisissant d’appliquer l’article 56, le premier ministre prend la succession de Ben Ali. si l’article 57 avait été invoqué, c’est le président du Parlement qui aurait assumé cette charge.

La Tunisie s’est-elle mise sur le chemin qui la conduira à la démocratie ? Rien n’est moins sur. Si Ben Ali a quitté le pays, le régime est toujours en place. Un couvre-feu a été déclaré de 17h à 7h, interdiction faite à tous de se rassembler à plus de trois personnes, et l’armée a annoncé qu’elle tirerait sur tous ceux qui ne respectent pas la procédure. Tandis que les pillards – dont de nombreux policiers et principalement des miliciens inféodés à l’ancien régime – mettent le pays à sac et que la police pour l’essentiel toujours fidèle à Ben Ali continue de tirer sur les manifestants, le nouveau président prend ses fonctions.

Souhaitons bon courage à nos camarades tunisiens ! Ils en auront besoin pour la suite. Si la Tunisie accédait à une véritable démocratie, ils auraient une sérieuse avance sur nos semi-démocraties en régression. Mais parviendront-ils seulement à obtenir des droits équivalents aux nôtres ? C’est à voir. Il est malheureusement fort possible que l’issue de la révolte légitime des Tunisiens ne soit qu’une révolution de palais. Mais une chose demeure certaine : on voit difficilement comment cela pourrait être pire qu’avant ! Les Tunisiens n’avaient plus rien à perdre ; ils ont aujourd’hui tout à gagner.

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Mise à jour du 15/01 @ 17h04 :

Le Conseil Constitutionnel tunisien a finalement invoqué l’empêchement définitif (article 57). De ce fait, le président du Parlement a pris la place du premier ministre à la tête de l’État. La constitution prévoit un délai de 45 à 60 jours pour de nouvelles élections. Ben Ali n’est plus légalement président de la Tunisie.

Aujourd’hui, les violences se poursuivaient.

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Mardi 29 juin, sous les protestations des riverains, une opération de police mouvementée devant aboutir à l’expulsion d’un certain nombre de personnes en situation irrégulière s’est déroulée dans un foyer Sonacotra de la rue du Chevaleret, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Sous le prétexte du démantèlement d’un réseau de vente illégale de tours Eiffel miniatures, selon la Préfecture, les policiers ont pu tester leur nouveau joujou législatif, l’enquête de flagrance généralisée par la politique néoconservatrice au cours des dernières années.

« Cette enquête s’inscrit dans le cadre d’une lutte à l’échelle de l’agglomération, explique Alain Gardère, directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne. On ne peut pas tolérer que les touristes soient importunés par des vendeurs de plus en plus agressifs, qui savent déjouer la surveillance policière. »

(Metrofrance.com)

Il semble donc que la lutte contre la violence commerciale soit devenue pour la police nationale une priorité ! L’on s’en félicite et l’on attend le démantèlement des structures de vente semi-forcée que sont les centres commerciaux, et de leurs officines propagandistes : les agences de pub. La question de la survie des personnes en situation de précarité qui n’ont pour (sur)vivre que la seule perspective de la vente à la sauvette de ce type de produits (souvenirs achetés et vendus “au black”), demeure en revanche posée. Cela rappelle les grands discours concernant le travail au noir, ses dangers, le caractère inacceptable de l’exploitation d’une main d’œuvre fragile, discours qui n’ont été suivis d’aucune sanction des groupes proches des cercles du pouvoir politique, qui ont pourtant fortement recours à ce type de pratiques. Pas plus que de mesures de soutien socio-économique aux personnes vivant en situation de précarité. En fait, les mesures de répression de l’exploitation d’une main d’oeuvre illégale, plutôt que des mesures de protection des travailleurs migrants et précaires, ont consisté uniquement en la multiplication toujours soutenue des arrêtés d’expulsion pris à l’encontre des précaires en situation irrégulière… La question de savoir s’ils ont survécu une fois rentrés dans leur pays d’origine, elle, ne semble pas devoir se poser.

Mon expérience personnelle m’apprend que dans bien des cas l’expulsion vaut condamnation à mort. Nous ne comptons hélas plus les innocents condamnés à mort dans leur pays, qui croyaient trouver en France une terre d’accueil, mais n’y ont rencontré que l’exclusion, la précarité, l’exploitation, la violence, l’enfermement, et finalement l’expulsion, petite parenthèse de survie avant la conclusion fatale de la procédure administrative. Un coup de tampon qui sonne comme la détonation d’un fusil militairerésonnant à l’oreille du condamné dos au mur.

Donc, sous ce prétexte hautement humanitaire de nous sauver de ces terribles barbares nous poursuivant sans vergogne pour nous refourguer leurs tours Eiffel en plastique moche et leurs inénarrables “n’golo-n’golos”, environ 200 policiers ont débarqué mardi 29 Juin au soir au foyer Sonacotra de la rue du Chevaleret, dans le XIIIè arrondissement, bloquant tous les accès de 19h à minuit, empêchant toute entrée et toute sortie, enfonçant porte après porte pour fouiller chaque chambre, sous les huées des habitants du quartier.

Un riverain, Justin, qui a assisté à la scène, a tourné cette vidéo qu’il a adressée à Rue 89 ; une autre vidéo prise pendant les incidents nocturnes a également été mise en ligne sur YouTube par un autre internaute. J’ai réuni ces deux vidéos :

Image de prévisualisation YouTube

Justin livre son témoignage à Rue89 :

« Lors d’une intervention musclée au foyer Sonacotra de la rue du Chevaleret, une centaine de policiers a bloqué la circulation dans la rue ainsi que les accès au bâtiment.

Après avoir forcé les entrées du foyer ainsi que des logements des résidents, les policiers ont procédé à des fouilles et saisies d’effets personnels. 29 personnes ont été placées en garde à vue.

Devant le spectacle, les riverains se sont amassés tout autour du dispositif. Petit à petit, ils ont exprimé leur solidarité envers les habitants du foyer ainsi que leur mécontentement face à une telle opération.

Vers minuit, sous la pression de la foule, la police a fini par quitter les lieux sous les huées, laissant alors le quartier sans aucune surveillance. Une mutinerie s’en est alors suivie.

Ce n’est que vers 3 heures ou 4 heures du matin que le quartier, d’ordinaire si paisible, retrouva son calme. »

Plusieurs résidents auraient été arrêtés, et quatre portes auraient été fracturées. Au total, 39 personnes ont été placées en garde à vue.

Le lendemain de l’opération, lors d’une conférence de presse, la préfecture de Police a annoncé la saisie de « dizaines de mètres cubes » de petites tours Eiffel, montres et autres gadgets touristiques, ainsi que de 20 000 euros en liquide. Trente-neuf personnes ont été mises en garde à vue, dont onze du foyer Sonacotra. Selon le journal Métro, qui a rendu compte de cette conférence de presse, « les saisies ayant été faites dans le foyer, mais aussi dans des boutiques de souvenirs du IIIe et dans deux entrepôts à Auber­villiers (Seine-Saint-Denis) ».

Selon le parquet, “l’enquête de flagrance devra déterminer les poursuites” éventuelles.

Les délits invoqués par la police sont le “travail dissimulé” et “l’aide au séjour irrégulier”… 0ui : l’aide au séjour irrégulier. Quel rapport avec l’odieux trafic de bibelots moches ?


C’est là qu’intervient la notion de flagrance.

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A chaque fois que je lis un communiqué d’Egalité & réconciliation, ou que j’écoute une interview de Soral, j’en ai froid dans le dos…

national-bolchevisme

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La bête immonde est bel et bien de retour.

0h, bien sur vous allez me dire que je confonds tout, que Soral n’est pas un nazi et que le fascisme est mort en 45, et vous aurez raison… quoique…

S’il n’y a pas de lois objectives de l’Histoire, contrairement à ce que croyait Marx, il n’en demeure pas moins qu’il existe des structures du pouvoir qui se développent de façon dialectique dans nos sociétés verticalisées, qu’elles s’opposent, surgissent, se développent, déclinent, meurent, et qu’elles s’hybrident également. Plus nous gagnons en autonomie, plus le pouvoir se renforce en retour pour briser cette autonomie. Là où Marx avait tort, c’est que c’est à nous de décider de la synthèse finale de la dialectique historiale. Rien n’est écrit d’avance.

Ainsi, si rien ne permet d’affirmer que l’histoire se répète à l’identique selon des schémas objectifs/naturels prédéfinis, il est un fait que le développement du pouvoir connait à la fois des cycles et des schémas susceptibles d’être réutilisés, indépendament ou en combinaison avec d’autres. C’est ce que nous observons avec la répétition de schèmes fascistes dans le développement sécuritaire du capitaliste, ce que je nomme le capitalofascisme. Il ne s’agit ni du capitalisme, ni du fascisme, mais bien à la fois d’un capitalisme et d’un fascisme, cette structure nouvelle reprenant et combinant en les perfectionnant les outils coercitifs les plus efficaces des deux systèmes, en tentant de combler par cette synthèse leurs lacunes respectives.

Il est donc certain que nous ne revivrons pas les années 30. 0uf ? Devons-nous pour autant nous réjouir de la chute du capitalisme ? J’aimerais dire oui, mais ce qui se profile à l’horizon n’est guère plus réjouissant que la servitude salariale !

A la division classique et grossière gauche – droite tend à se substituer une explosion de petits communautarismes gravitant autour d’un capitalisme renaissant comme capitalo-fascisme qui sécurise le champ de leurs affrontements. Une monopolisation du champ politique par une droite ultra conservatrice se radicalisant de jour en jour.

Face à cette mutation du pouvoir qui en renforce l’emprise, la tentation de “la gauche du travail, la droite des valeurs” prônée par des collectifs tels Egalite & Reconciliation n’est pas une solution et n’a rien non plus de subversif : sous couvert d’opposition à un système qui est déjà mort (le capitalisme contemporain), ce monstrueux mélange rouge-brun de stalinisme et de maurassisme, d’un poujadisme qui ne constitue qu’une version grossièrement caricaturale du marxisme, fait le jeu du système de demain, de la mutation du pouvoir capitaliste en coercition capitalofasciste (parfois appelée “technototalitarisme”, terme que jeréserve à la forme que prendra ce sytème qi nous le laissons parvenir à son stade de développement maximal). Ce n’est qu’un nationalisme de plus qui présente le danger de se présenter comme une troisième voie unissant les opposants à la tyranie capitaliste. Mais sous couvert d’union, c’est la division qui se profile, le sacrifice de la révolution à la causenationaliste. Il n’y a pas là d’alternative : le pouvoir demeure le pouvoir, la préférence nationale demeure un communautarisme impérialiste. Il n’y a pas de “gauche du travail” chez eux : car la “gauche” dont ils tirent leurs principes sociaux est celle de Lénine, d’une gauche déjà liquidée, vendue à l’exploitation capitaliste, d’un capitalisme d’Etat comme nous le dénoncions déjà en 17. Leur “union” est celle d’une droite et d’une autre : totalitarisme fascisme et totalitarisme bolchévique… Hitler nous avait déjà fait le coup du “national-socialisme”… La gauche du travail et la droite des valeurs, lui aussi… 0n s’en souvient. Il ne peut y avoir d’alternative que par une troisième voie communiste libérale, et non nazional-léniniste, c’est à dire une voie anarchiste affirmant l’autogestion citoyenne et ouvrière, la collectivisation des ressources naturelles, le marché libre et l’autonomie individuelle et collective, et assumant l’internationalisme, la solidartité sanslaquelle toute perspective révolutionnaire est vouée à l’échec. C’est le strict opposé du programme d’Egalité  & Réconciliation, qui n’a pris que le pire des courants dont ils se réclament.

Le Père est à l’agonie, mais le fils indigne est de retour et entend bien profiter de la situation.
L’urgence révolutionnaire découlant de la tension historique dont est chargée notre époque transitoire est double : urgence d’une révolution, mais aussi urgence de ne pas se tromper de révolution. Proposer une alternative libertaire au capitalisme à l’agonie, au capitalofascisme en développement, mais aussi au vieux nationalisme qui revient paré de nouveaux atours trop tendance, trop en phase avec le pouvoir qu’ils dénoncent faussement, non pour l’abolir mais pour se l’accaparer.
Le déclin du capitalisme ne signe pas la mort du pouvoir mais sa mutation sous une forme encore plus brutale,comme le capitalisme industriel constitua jadis une forme plus aboutie de l’immonde Totalité que ne le fut son prédécesseur le féodalisme.
Avant de définitivement tuer le Père, il nous faut nous débarasser du frère brun qui sous couvert d’avenir veut nous ramener des siècles en arrière.
Leur paix sera encore celle des cimetières. Ne nous laissons pas avoir par les mirages d’une extrême droite fardée de rouge comme la première des catins qui vous promet monts et merveilles mais ne vous offre qu’une chaude-pisse. Le nationalisme n’a jamais été ni ne peut être du côté des individus ni des peuples, du côté de l’autonomie, de la liberté, de l’égalité, de lafraternité ou solidarité, mais la Nation demeurera toujours l’Idole d’un pouvoir divinisé, absolu, d’une métaphysique de la domination.

Il n’y aura de libération que dans le refus de la soumission, non dans le troc d’une servitude contre une autre, plus brutale encore, peut-être… C’est le pouvoir en tant que tel qui doit être attaqué, non un pouvoir particulier. Le capitalisme ne constitue qu’une forme particulière de la servitude.Nous avonsencore trop àperdre et toujours trop à gagner à nous révolutionner pour brader la révolution aux tenants d’un ordre coercitif absolu.

Il ne s’agit même plus d’éviter de répéter les erreurs du passé. Nous en avons été incapables. Mais je commence à me demander à présent si nous serons seulement capables d’éviter de commettre les erreurs que nos aïeux ont quant à eux su éviter.

Ne nous laissons pas aveugler pas les mirages de la convergence anticapitaliste ; ne succombons pas au chant des sirènes qui déjà ensorcelèrent nos grands-pères : un anticapitalisme qui pactiserait avec le nationalisme, ne serait pas un refus global de l’autorité sous toutes ses formes, ne saurait être l’allié des forces progressistes engagées du côté de l’autonomie. L’anticapitalisme nationaliste n’est qu’une énième version du fascisme, et une énième forme de la servitude, qui ne combat ni la domination ni l’inéquité mais seulement l’une des formes concurrentes de la soumission, de la verticalité. Égalité & Réconciliation est à la lutte anticapitaliste ce que le lénino-stalinisme fut aux luttes sociales et au communisme des origines : quelque chose à mis chemin entre une trahison et une récupération, l’0PA du FN sur l’extrême-gauche en faillite et les minorités non-juives, qui voient dans l’”antisionisme” affiché un refus de l’impérialisme quand il dissimule un antisémitisme bien réel. Mais changer de bouc émissaire ne changera rien : si nous voulons êtres vraiment libres, il faut refuser d’avoir un bouc émissaire, et prendre en main dans l’union des individus et communautés notre destin commun en opposant un front uni au pouvoir. 0r l’union ne peut se faire au sein d’un groupe qui promeut la division.

La division ne profite qu’à qui veut régner.

Ces gens là se revendiquent d’idées que même Staline, lorsqu’il les appliqua, n’osa pas revendiquer ouvertement. Ils disent connaitre Marx mais sont capables d’affirmer qu’il n’était pas hostile au concept de Nation, ce qui indique qu’ils n’ont jamais lu aucune de ses oeuvres majeures.

Soyons clair : Marx a toujours dénoncé l’État et le droit national comme des instruments de classe au service du capitalisme. Le projet communiste est celui d’une société mondiale autogestionnaire passant par l’abolition des États-Nations.

Historiquement, l’emploi du mot “socialisme”, s’il a d’abord pu servir à qualifier les principes qui gouvernaient l’action militante prolétarienne en général (XIXè), a ensuite été utilisé par Marx pour évoquer la phase de transition étatiste vers le communisme : la dictature du prolétariat… détournée par Staline qui en a fait une dictature sur le prolétariat qu’il a prolongé jusqu’à la fin de sa vie et qui lui a finalement survécu.
Cette dictature nationaliste n’a aucun rapport avec ce que Marx définit comme la société communiste et qui est bien une société sans nation.
Les divergences entre communistes et anarchistes portaient alors essentiellement sur la nécessité de la phase transitoire de la dictature, du fait que les marxistes adoptent une lecture déterministe de l’histoire devant nécessairement aboutir à la société communiste, après être passée par certaines phases inévitables (esclavage, féodalisme, capitalisme, socialisme, communisme clôturant l’histoire), tandis que les anarchistes s’inscrivent dans une perspective subjectiviste niant ce déterminisme et revendiquant la nécessité pour les hommes de prendre eux-mêmes leur destin en main, tout en acceptant souvent certains éléments de la théorie matérialiste (marxienne) de l’histoire, assumant ainsi l’analyse des structures du pouvoir et leur évolution dialectique, sans y voir la marque de quelque loi objective de l’Histoire.

Il n’a jamais été question à gauche de s’accommoder de la nation. Les débats n’ont porté que sur la nécessité ou non, voire la dangerosité, d’une phase étatiste purement transitoire (dont on a constaté avec effroi les dangers de l’URSS à la chine) – débat anars/communistes – puis sur la question d’une abolition radicale immédiate et éventuellement violente de la nation ou bien à l’inverse d’un réformisme qui amende le capitalisme et affaiblit progressivement l’État de l’intérieur (position des partis “socialistes” qui les a peu à peu menés d’une position combative à une acceptation et un accompagnement du capitalisme renonçant à toute référence à la lutte de classes).
Aucune formation ne peut se revendiquer de Marx, du socialisme ou du communisme, tout en défendant un projet nationaliste. Les fondements de la gauche comportent en leur fronton explicitement la référence à l’abolition de la Nation.

En fait de troisième voie, il n’y a là qu’un amalgame populiste au service d’une idéologie ultraconservatrice et fascisante. L’alternative au capitalofascisme serait, après le capitalisme, le fascisme tout court ? Le nazional-sécuritaire ou le capital-sécuritaire, la servitude d’hier ou celle de demain ?

… “Gauche du travail, droite des valeurs”, ça n’a aucun sens : dans une société juste, les valeurs de justice gouvernent l’activité ; dans une société de pouvoir, les rapports de production déterminent l’idéologie qui les justifient. Et c’est Marx qui le dit…

Il ne sera jamais question pour un communiste authentique de s’associer avec quelque projet en vue d’une révolution nationaliste, ni de soutenir un quelconque projet nationaliste, fut-il fardé de rouge. Le maquillage est trop grossier, la falsification trop flagrante !

Qu’ils lisent seulement les auteurs dont ils déforment grossièrement les propos !

Ceux qui se revendiquent de Marx mais défendent les idées staliniennes feraient bien de retourner à la lecture du Capital.

Apprenons à connaitre les auteurs dont se revendiquent nos leaders “éclairés” avant de gober n’importe quoi et de suivre aveuglément ceux qui disent posséder une solution… Mais ont toujours une préférence pour telle ou telle communauté, ou une haine plus ou moins affichée et revendiquée pour divers motifs pour tel ou tel peuple.

La nation est fermeture. L’opposé de l’existence. L’enfermement.

Le seul moyen de garantir la liberté est de la reconnaitre à tout homme.

Ces organisations dévoilent presque explicitement leurs tendances idéologiques dans leur critique de l’immigration.
Le critère racial est (en apparence) abandonné, mais l’organisation sociale nationaliste, la fermeture des frontières, revient à transposer le problème de la lutte de classes et d’individus à une lutte entre communautés dégénérant en une concurrence éventuellement militaire entre nations. L’on ne règle aucun problème ; on transpose à un échelon supérieur. Les exclus demeureront des exclus, mais ceux qui étaient des parias vivant dans une nation riche ont en effet à y gagner : ils seront intégrés au corps social d’une nation puissante. Que les autres crèvent alors ! En fait de changement, un simple jeu de chaises musicales, une redistribution des cartes… Et toujours quelques gagnants pour de nombreux perdants.
Mais la fermeture de la solidarité à une communauté ne peut produire, à terme, que le déclin de cette communauté et des antagonismes sociaux, même internationaux, tels que le renversement des forces devra advenir. Se fermer revient finalement toujours à se condamner, et à condamner les autres. Un prix trop élevé pour trop peu de liberté : n’oublions pas que cette idéologie s’oppose à l’émancipation féminine, aux libertés de moeurs, de croyances, de genre… Tous les leaders de ce mouvement sont des intégristes chrétiens, qui ont accepté au vu de leur infériorité numérique de recruter chez leurs ennemis musulmans d’hier, fédérés contre l’ennemi commun, l’ennemi de toujours : le Juif. L’Algérie française semble oubliée… Mais l’est-elle ? Les communautés arabes et musulmanes présentes sur le territoire national ont-elles vraiment à gagner à cette alliance contre-nature ? qu’adviendra-t-il si les inégalités peinent à disparaitre, et que les juifs électrocutés (il faut varier les plaisirs. Je vous l’ai dit : les années 30 ne se reproduiront pas.) il faut à la Nation un nouveau bouc émissaire contre lequel s’unir, reserrer l’Identité Nationale ? Qui seront les premiers sacrifiés ? Car l’Idole appelle toujours des sacrifices pour souder la communauté des idolâtres autour d’elle, autour du Pouvoir, diviser pour mieux régner.

L’abandon (apparent ?) de la référence raciale ne suffit pas à masquer la xénophobie latente de ces mouvements.

C’est ni plus ni moins que le programme que défendait un certain Adolf il y a 90 ans… plus modéré qu’en 36, certes, mais ils ne sont pas encore au pouvoir et la transition n’est pas encore achevée…

Pour un communisme libéral anticapitaliste, contre le national-communisme, le national-socialisme, le nationalisme révolutionnaire ou non, et toutes les formes du pouvoir.
Contre la totalité !

Pour la Multiplicité, la liberté dansla diversité. Pour l’autonomie individuelle et collective. Pour la solidarité.

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