En Tunisie, le conseiller de l’ombre de Ben Ali tire toujours les ficelles, étant le principal conseiller de l’actuel premier ministre – reconduit après la fuite de Ben Ali – Mohamed Ghannouchi. Hédi Baccouche fut le théoricien du « coup d’État médical » de Ben Ali il y a 23 ans, et demeura durant la totalité de son règne une des pièces maîtresses de son système.
En réalité, souligne Rue89, « sa réputation « d’homme des coups bas » remonte à bien plus loin. En 1979, il avait déjà trempé dans un complot organisé par Abdallah Farhat, alors ministre de la Défense, pour faire main basse sur le parti. Son complice de l’époque était le directeur de la sûreté tunisienne, un certain Zine el-Abidine Ben Ali… ».
Le nouveau gouvernement d’union nationale a été accueilli par des explosions de joie par les manifestants tunisiens, mais le premier ministre demeure contesté.
Pendant ce temps, la contagion se répand. En Egypte, des centaines de milliers de manifestants sont dans les rues, exigeant le départ du président Moubarak au pouvoir depuis 30 ans.
Le pouvoir égyptien ne s’est pas contenté de filtrer internet. Il l’a carrément coupé depuis jeudi dernier. L’Égypte compte environ 11,5 millions d’internautes, sur une population totale de 80 millions d’habitants. Le pouvoir prend-il un risque en privant cette minorité de son accès à internet ? L’un des opérateurs n’a pas obéi à l’injonction, de sorte que si le grand public est coupé du réseau, les affaires se poursuivent. La bourse égyptienne a continué à tourner au ralenti.
Pour Benjamin Bayart, président de FDN (French Data Network), un des plus anciens fournisseurs d’accès français, c’est une véritable opération de guerre qui a été déclenchée : « Couper les communications dans un pays est une opération de guerre. La première chose qu’on fait dans une guerre, c’est bien de faire sauter les routes ou les ponts. »
En Égypte, on bricole comme on peut avec cette censure. Des Égyptiens rebranchent leurs vieux modems sur leurs lignes téléphoniques. Les activistes anonymes de Werebuild proposent une autre solution tirée du passé : les Égyptiens peuvent envoyer des fax sur un numéro allemand qui les édite pour empêcher l’identification des expéditeurs, puis les met en ligne. Des sites miroirs ont été mis en place pour stocker les vidéos de la révolte. Google et Twitter ont lancé un service de « speak to tweet » (« parler pour tweeter ») : trois numéros de messagerie vocale sont accessibles depuis l’Égypte et les messages peuvent être écoutés aux mêmes numéros ou sur Twitter.
Et pendant que l’Égypte coupe sa population d’internet, la censure chinoise fait la chasse aux lapins e ncolère sur le web : http://www.rue89.com/chinatown/2011/01/30/la-censure-chinoise-chasse-les-lapins-en-colere-du-web-187272
Les sites web officiels français quant à eux ignorent royalement les manifestations égyptiennes. Une situation qui ne contraste pas avec le mutisme du gouvernement sur les évènements tunisiens du mois dernier. Même le site de l’ambassade française au Caire est muette sur la situation actuelle égyptienne.
111 personnes interpellées à Paris ce week-end :
A Paris, une manifestation était prévue à 14 heures devant l’ambassade d’Égypte, dans le XVIe arrondissement. Le rassemblement n’a finalement pas eu lieu. Certains Égyptiens vivant en France expliquent ce manque de mobilisation par les arrestations qui ont eu lieu lors des manifestations précédentes. Selon la préfecture de Paris, 111 personnes ont été interpellées pendant le week-end en marge des manifestations déclarées.
Une comparaison avec le site de l’ambassade des États-Unis montre le déphasage total de la diplomatie française. Les principaux titres sont en effet consacrés au mouvement de protestation.
Pour autant, le président 0bama se montre plus prudent et réservé face à la mise en péril du pouvoir égyptien (un atout fort dans les rapports de force au Moyen-0rient) que face à la révolution tunisienne, dont le temps nous dira si le mouvement de contestation permettra l’émergence d’une démocratie réelle voire d’une semi-démocratie à l’image des puissances occidentales, où tout ceci ne devra aboutir qu’à une révolution de palais.
La Tunisie ne pèse certes pas aussi lourd que l’Égypte dans les négociations impliquant les intérêts américains. De plus, la menace islamiste est plus sérieuse en Égypte qu’en Tunisie, avec une forte présence des Frères Musulmans qui représentent 4 à 5 millions d’Égyptiens et remportent toutes les élections relativement libres. Sans la fraude électorale, ils auraient aujourd’hui plus de cent sièges à l’Assemblée Nationale. Ils en détiennent 80, sur les 150 candidats présentés. Néanmoins, aucune force particulière ni aucune personnalité n’émerge de la révolte égyptienne, qui s’apparente plus à un soulèvement populaire spontané.
La Tunisie est aux yeux de l’0ccident un petit pays, sans enjeu stratégique majeur, et les événements ont pu suivre leur cours sans grande interférence extérieure. Cela risque de ne pas êrtre le cas partout. Le monde arabe vivra-t-il sa chute du mur de Berlin, ou la situation est-elle radicalement différente de celle de 1989 ?
D’abord, le monde arabe ne constitue pas un bloc homogène et centralisé comme le constituait l’Union Soviétique. Certains pays comme la Tunisie n’offrent que peu d’intérêts pour les grandes puissances impérialistes occidentales, tandis que d’autres constituent des intérêts stratégiques majeurs dans la guerre du pétrole ou le rapport à Israël.
C’est néanmoins bien à la remise en question de tout un monde, précipitée par les évènements de Tunis, que nous assistons. En quelques semaines, toutes les dictatures du Moyen et du Proche 0rient pourraient bien s’effondrer, avec ou sans le soutien de l’0ccident. Nous voyons avec le soutien de la France à Ben Ali, son mutisme sur la situation égyptienne et le soutien américain aux révolutions, ferme dans le cas de la Tunisie, beaucoup plus modéré en Égypte , combien l’0ccident oscille entre deux tentations : celle de suivre le mouvement de contestation qui, de proche en proche, a gagné tout le monde arabe et peut compter sur la sympathie du grand public occidental ; et celle de protéger des tyrans qui ont su contenir l’ennemi islamiste et jouent parfois un grand rôle dans la guerre du pétrole en cours et la question palestinienne.
La diplomatie américaine a fait cinq déclarations contradictoires en sept jours au sujet des évènements égyptiens.
Mardi 25 janvier, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, semble soutenir Hosni Moubarak, considéré pendant des années comme l’allié stratégique des États-Unis : « Notre évaluation de la situation, c’est que le gouvernement égyptien est stable et cherche les moyens de répondre aux besoins et intérêts légitimes du peuple égyptien. »
C’est à cette lumière qu’il faut lire les deux phrases musclées prononcées mercredi par Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine. Elle s’exprimait devant la presse aux côtés du ministre jordanien des Affaires étrangères, Nasser Judeh, qu’elle recevait : « Nous croyons fermement que le gouvernement égyptien a, en ce moment, une occasion importante d’engager des réformes politiques, économiques et sociales pour répondre aux besoins légitimes et aux intérêts du peuple égyptien. »
Obama parle de la situation en Égypte, appelle à la retenue et ajoute le 27 Janvier : « Le président Moubarak nous a aidés sur toute une série de problèmes au Moyen-Orient, mais je lui ai toujours dit qu’il était absolument capital, pour le bien de l’Égypte à long terme, de s’assurer de bien avancer sur les réformes : réformes politiques, réformes économiques. »
Le lendemain, juste après l’intervention télévisée d’Hosni Moubarak, au cours de laquelle il a annoncé un remaniement de son gouvernement, Barack Obama prend la parole. Il avait eu plus tôt Moubarak au téléphone : il évoque la nécessité d’autoriser les partis d’opposition et d’organiser des élections libres : « Hosni Moubarak doit désormais confirmer ses promesses de réformes par des actes concrets. […] Les Etats-Unis continueront à défendre les droits du peuple égyptien et à travailler avec leur gouvernement, à la recherche d’un avenir plus juste, plus libre et plus lumineux. »
Mardi 1er février, au soir d’une grande journée de manifestation au Caire, après une discussion d’une demi-heure avec Moubarak, Obama semble lâcher le président égyptien. Il ne parle plus de « réforme » mais de « transition politique » qui doit se faire immédiatement (Moubarak ayant annoncé ne pas briguer de nouveau mandat à la fin de l’année 2011, mais qu’il resterait au pouvoir jusque là). Il déclare depuis la Maison Blanche : « Ce n’est pas à d’autres pays de déterminer qui doivent être les dirigeants de l’Égypte. Seul le peuple égyptien peut le faire.Ce qui est clair et c’est ce que j’ai indiqué au président Moubarak, c’est que j’ai la conviction que la transition politique doit être profonde, qu’elle doit être pacifique et qu’elle doit commencer maintenant ».
La diplomatie américaine a décidément une singulière capacité d’adaptation !
Le vent tourne, mais nul ne sait encore, si la situation devait se généraliser à des pays comme l’Arabie Saoudite – par exemple – quelle direction suivraient les diplomaties des grandes puissances, occidentales mais pas seulement. A Pekin, le mot « Égypte » est censuré depuis samedi. Et ce d’autant plus que nul ne sait encore où va la révolution en marche…Et si elle servira les intérêts des puissances extérieures au monde arabe. Les nouveaux pouvoirs qui risquent de se constituer serviront-ils ces intérêts aussi bien que les dictateurs d’hier ?
La révolution égyptienne préoccupe tout particulièrement le pouvoir américain.
Franck Wisner, ancien d’Enron marié à l’ex-belle-mère de Nicolas Sarkozy, est agent secret états-unien. Il nousa déjà fait nous interroger sur les liens existant entre N. Sarkozy et les services secrets américains. L’on apprend qu’il est aujourd’hui au Caire pour tenter de gérer au mieux le passage à l’après-Moubarak. L’appel des crises n’est jamais loin : Frank Wisner a participé sous l’administration Bush à un groupe de travail indépendant qui réfléchit, avant l’invasion de l’Irak, aux institutions de l’après-Saddam Hussein, puis, au nom de l’administration, a participé à la « troïka » qui a défini le statut final du Kosovo, devenu depuis un Etat indépendant mais encore contesté.
Tandis que la guerre au pouvoir gagne l’Égypte, après la Tunisie, la guerre des pouvoirs continue à sévir de par le monde. A qui profitera la colère du peuple arabe ?
Pierre Haski écrit sur Rue89 :
» La semaine dernière, l’analyste conservateur Robert Kaplan écrivait dans le New York Times qu’il ne fallait pas trop se réjouir des événements du monde arabe, car on finirait par regretter des « dirigeants avisés » comme le roi Abdallah de Jordanie, ou « stables » comme le Président Moubarak. Et de rappeler que ce sont des élections démocratiques qui ont amené le Hamas au pouvoir à Gaza.
Mais les peuples du monde arabe n’ont pas lu l’article de Robert Kaplan et n’en ont cure. Ils ont fait voler en éclat le mur de Berlin dans leurs têtes qui les empêchait jusque-là de contester des régimes autoritaires et largement corrompus, soutenus par les Occidentaux au nom de la lutte contre l’intégrisme religieux.
Qu’en sortira-t-il ? Comme en 1989, l’histoire s’est remise en marche dans cette partie du monde, et ceux qui pleurent la chute de dictateurs rassurants devront d’abord se demander s’ils n’ont pas favorisé ces processus révolutionnaires en soutenant un insupportable statu quo trop longtemps. Ils devront en assumer les conséquences, quelles qu’elles soient. «
La révolte tunisienne et son premier succès – la fuite du tyran Ben Ali – a fait boule de neige dans la plupart des pays du proche et moyen 0rient. En Jordanie, au Yémen… les manifestations se sont multipliées et plusieurs personnes se sont immolées par le feu. Le roi du Maroc a préféré prendre des « vacances » dans le château qu’il possède en France. Le journaliste marocain Ali Lmrabet, ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire Le Journal, croit savoir, sur Facebook, que le roi du Maroc devrait avoir des entretiens « secrets » avec Nicolas Sarkozy sur la situation au Maroc. Le journaliste ajoute : « Des troupes ont été ramenées du Sahara pour être prêtes à intervenir dans la capitale et à Casablanca. »
En Egypte, depuis plusieurs jours, des affrontements très violents opposent les forces de l’ordre et la population égyptienne, déterminée à obtenir le départ du Président Moubarak, en poste depuis trois décennies. En trente ans, c’est la crise la plus sérieuse que traverse le régime.
Tewfik Aclimandos, chercheur associé à la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, explique que « le peuple est en colère depuis longtemps mais c’était diffus. Aujourd’hui, un mur psychologique a sauté, c’est-à-dire que les Egyptiens n’ont plus peur. Ce que j’appelle le parti de l’ordre, les fonctionnaires, les petits commerçants, ont aujourd’hui pris le parti des manifestants. »
Ces derniers mois, des personnes jusque là favorables au régime avait commencé à exprimer leur défiance envers le pouvoir. Unras le bol général se faisait sentir, aggravépar la crise. Les évènements tunisiens ont achevé de précipiter les évènements.
Tewfik Aclimandos poursuit :
« Jusqu’en 2000, personne ne parlait du Président. Puis un éditorialiste l’a fait et ça s’est généralisé avant que le régime ne resserre la vis. Le pouvoir fonctionne un peu sur la formule « j’interdis tout mais je ferme les yeux tout le temps ».
Il existe une liberté d’expression en Egypte. Elle est d’ailleurs plus menacée par la société civile que par le pouvoir. Un livre critique sur l’islam peut par exemple davantage déclencher la colère du clergé et des oulémas que celle du pouvoir.
C’était un peu le deal proposé par Moubarak après l’assassinat de Sadate : un peu de liberté d’expression, une liberté de réunion contrôlée mais surtout pas de manifestations de rue. Kefaya (un mouvement d’opposition né en 2004 et composé de jeunes militants de toutes origines politiques et sociales) a fait sauter ce verrou en 2004. »
Le peuple égyptien est aujourd’hui en train de réaliser son union sacrée face à un pouvoir usé par le temps, la dégradation des conditions de vie et sa propre faiblesse jusque là dissimulée sous une apparente clémence. C’est aujourd’hui le peuple dans son ensemble qui rejette Moubarak. celui-ci doit prendre la mesure de son illégitimité.
Un million d’Egyptiens se sont rassemblés place Tahrir au Caire. Dans les cortèges, ces derniers jours, l’on pouvait voir les corps élevés en martyres des victimes de la répression policière. La police tire sur la population, avec des balles en plastique, mais aussi à balles réelles, faisant plusieurs dizaines de morts. L’armée est présente dans les rues. Les tanks bloquent les accès. Mais l’armée refuse de tirer sur le peuple, et même protège les manifestants. De la police et des pillards. Le premier signe de ce ralliement de l’armée au peuple a été ce blindé qui s’est jopint à un cortège enfin de semaine. Depuis, la police a partiellementsuivi, changeant son slogan « la police et la peuple au service de l’Etat » en « la police au service du peuple ».
Moubarak a dissout son gouvernement. Principal changement : le limogeage du ministre de l’Intérieur, Habib el Adli, une des revendications des manifestants. Il a été remplacé par un général de la police, Mahmoud Wagdi. Autre changement significatif : la promotion du ministre de la Défense, Mohamed Hussein Tantaoui, au poste de vice-Premier ministre, ce qui confirmerait l’influence de l’armée. Mais la formation du nouveau gouvernement n’a pas suffit à calmer la colère populaire. Des dizaines si ce n’est des centaines de milliers de manifestants ont passé la nuit sur la place Tahrir. Cet après-midi, ils étaient deux millions.
Les révolutions orientales n’en finissent plus de ternir l’image de l’Etat français. Michèle Alliot-Marie avait osé proposer le « savoir-faire » français » en matière de maintien de l’ordre à la police de Ben Ali au plus fort des émeutes. Peu avant sa funeste intervention devant l’Assemblée nationale, elle et son compagnon, l’autre ministre Patrick Ollier, ont voyagé dans un jet appartenant au beau-frère du président Ben Ali et à son associé. En pleine révolution tunisienne, MAM et son compagnon ont accepté comme un service de grimper pour partir en vacances dans le pays en explosion à bord du jet privé d’Aziz Miled, qui le possède avec… Belhassen Trabelsi, le beau-frère – très haï du peuple tunisien – du président Ben Ali. La ministre, qui a confirmé ces informations au Canard, a fait répondre qu’Aziz Miled est « un ami de longue date » et qu’il n’est « pas, mais alors pas du tout [sic], un proche de Ben Ali ». L’ennui, c’est que cet homme d’affaires a signé en 2010 un appel saluant les nombreuses qualités du dictateur tunisien, et l’appelant à se représenter. Il était donc, aussi, l’associé de son beau-frère. Et ce n’est pas tout, écrit l’hebdomadaire : « Miled était aussi, à l’insu de son plein gré sans aucun doute, l’un des organisateurs et bailleurs de fonds des campagnes électorales de Ben Ali. »
Pour couronner ces révélations fort embarrassantes pour la ministre, Le Canard relève une réponse faite par le Quai d’Orsay au Parisien, qui l’interrogeait ce lundi sur une éventuelle invitation de Ben Ali pour ces vacances de fin d’année : « J’ai payé mes vacances », affirme-t-elle, indignée que l’on puisse soupçonner le contraire. La facture de l’hôtel de Tabarka (propriété du généreux Aziz Miled), MAM ne se souvient plus à quel nom elle a été établie, fait-elle dire au Canard. Alliot ? Marie ? Ollier ? Mais, juré-craché, elle a été réglée. »
L’on découvre enfin aujourd’hui que la France a formé la police égyptienne de Moubarak. Une formation à la « gestion des foules et des grands événements » a en effet été dispensée à la mi-octobre par deux policiers français à leurs homologues égyptiens. L’annonce de cette formation figure d’ailleurs toujours sur le site web de l’ambassade française au Caire, plus discret comme on l’a vu sur les évènements à haute teneur politique qui se déroulent en ce moment dans ce pays.
L’on peut constater les effets bénéfiques de cette formation à la répression des foules lorsque l’on constate que les affrontements entre force de sécurité et manifestants ont fait une centaine de morts sur le sol égyptien.
En France, l’affaire des grenades lacrymogènes de Ben Ali bloquées pour raisons techniques à l’aéroport continue également de faire du bruit. Michèle Alliot-Marie et François Fillon ont assuré que la France ignorait que la Tunisie était livrée en gaz lacrymogène par une entreprise française entre les mois de décembre et janvier, mais la société chargée de l’exportation de ce produit a déclaré le contraire et confirmé que le régime de Ben Ali avait bien passé commande au plus fort des émeutes :
« Sofexi a reçu des autorités françaises tous les agréments nécessaires à l’exportation de grenades lacrymogènes commandées entre décembre et janvier par le ministère tunisien de l’Intérieur. Nous avions tous les agréments des ministères concernés. »
Rue89, qui a révélé cette affaire, rapporte :
« En pleine tempête depuis sa proposition de coopération policière et sécuritaire à la Tunisie, Michèle Alliot-Marie a nié toute implication, répondant à une question du député socialiste Gaëtan Gorce à l’Assemblée nationale le 23 janvier :
Gaëtan Gorce : « Mme Alliot-Marie ne s’est pas contentée de proposer une coopération policière qui devait s’adresser à un régime dont on a vu qu’il utilisait des moyens sanglants ; le gouvernement a agi en ce sens. Nous avons appris la semaine dernière qu’un avion, chargé de sept tonnes de matériel de maintien de l’ordre, avait été affrété et s’apprêtait à partir, au moment même du départ de M. Ben Ali, et n’avait été arrêté que pour une raison de procédure tenant au service des douanes. […]
Ma question ira droit au but, monsieur le Premier ministre : si un avion a été préparé et a failli partir, combien d’autres ont été éventuellement envoyés ? Pouvez-vous nous garantir qu’aucun transfert de matériel de maintien de l’ordre n’a été assuré au bénéfice du régime de Ben Ali entre la mi-décembre et la mi-janvier ? »
Michèle Alliot-Marie : « En matière de police, les choses sont très claires. Nous entretenons avec la Tunisie une coopération extrêmement faible, essentiellement institutionnelle, qui se situe dans le cadre d’Interpol. […] Nous n’avons rien à cacher en matière de coopération. Et si vous voulez davantage d’éléments, je les tiens à votre disposition. »
Cette information achève de faire tomber la fable élyséenne selon laquelle la France aurait bloqué des grenades lacrymogènes à destination de Tunis. Rue89 racontait la semaine dernière que le motif du blocage, administratif, avait été habilement exploité par le gouvernement pour se dédouaner de la responsabilité de cette livraison.
Dans un courrier envoyé à François Fillon, Jean-Marc Ayrault, le patron des députés socialistes, demande au gouvernement de transmettre tous les informations à l’opposition et d’indiquer « pour chaque ministère, quand les autorisations d’exportation ont été données et enfin [de nous dire] si toutes ces exportations ont été bloquées et par qui ». » (source : Rue89)
Rue89 précise :
« François Fillon reconnaît d’abord que les douanes ont bien délivré deux autorisations d’exporter du matériel de maintien de l’ordre, après avis favorable du ministère de l’Intérieur, et avis sans objection du ministère de la Défense et des Affaires étrangères le 12 janvier, c’est-à-dire le lendemain même de la proposition de Michèle Alliot-Marie au régime de Ben Ali, d’apporter le « savoir faire » de la France en matière de maintien de l’ordre.
Il faut rappeler qu’en ce 11 janvier, la presse faisait état de 50 morts depuis la mi-décembre, dont 35 morts le week-end précédent (avec une liste nominative des victimes établie par la FIDH), preuve d’une terrible escalade dans la répression.
Or, nous apprend la lettre du Premier ministre, ces autorisations ont été données en 24 heures contre 10 jours pour des autorisations équivalentes demandées au mois d’octobre.
Force est de constater qu’au moment même où la répression battait son plein, les autorisations nécessaires à l’exportation de matériel de maintien de l’ordre ont été délivrées de manière particulièrement rapide, ce qui est injustifiable.
Ensuite, le Premier ministre avoue que ce n’est que le 18 janvier, soit 4 jours après le blocage de la cargaison et la chute du régime de Ben Ali que le Quai d’Orsay a demandé la suspension des quatre AEPE en cours sur la Tunisie, mais seulement après que l’administration des douanes a interrogé le ministère des Affaires étrangères, afin d’établir si, compte-tenu du pays de destination, l’avis sans objection formulé par ce ministère devait ou non être maintenu.
L’absence de réactivité de Michèle Alliot-Marie s’avère de ce point de vue totalement dramatique.«
Et pendant ce temps, Laurent Gbagbo, battu par Alassane 0uattara aux présidentielles, refuse toujours de céder le pouvoir. Le nouvel ambassadeur de Côte d’Ivoire en France a du chasser son prédécesseur par la force. Si l’option militaire demeure envisageable, c’est plutôt celle des pressions économiques et de l’étranglement financier qui est pour l’instant retenue pour déloger le dictatuer. Celui-ci a réquisitionné des avoirs bancaires et la BCEAO a immédiatement fermé ses locaux dans tout le pays. Les banques parviennent à s’arranger entre elles de sorte quejusqu’ici tous les paiements ont pu être honnorés. Mais la situation économique pourrait devenir délicate pour beaucoup d’Ivoiriens. Acculé, Gbagbo s’est lancé dans un vaste plan de nationalisations qui n’ont bien évidemmentrien à voir avec une quelconque collectivisation enfaveur du peuple.
Décidément, sale temps pour les tyrans ! Cela suffira-t-il pour autant à nous en débarasser définitvement, ou le jeu des chaises musicales est-il relancé ? Le temps nous le dira…
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Mise à jour du 2/02/2011 @ 20h08 :
La contagion se propage en Jordanie, au Qatar et en Syrie. L’algérie prépare également un rassemblement pour le 12 Février.